Célébrer la femme marocaine immigrante au Canada et son apport à son pays d’accueil malgré embûches et préjugés, tel était l’objectif de l’après-midi causerie organisée par le Forum des Compétences Marocaines Résidant au Canada (FCMRC) le 21 mars 2015 à Montréal à Dar Al Maghrib. Cet objectif a été atteint d’une brillante manière à la satisfaction d’une audience essentiellement féminine d’environ 150 personnes.

Cet hommage à la femme marocaine était inscrit dans le cadre de la Journée Internationale de la Femme et la Semaine d’Action Contre le Racisme et la Discrimination. Il a coïncidé aussi, comme un signe de bonne augure, avec la première journée du printemps!

L’événement a été rehaussé par la participation effective de madame Nouzha Chekrouni, ambassadeur du Royaume du Maroc au Canada, et madame Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion au Gouvernement du Québec, ainsi qu’un groupe de marocaines issue de l’immigration qui ont bien voulu partager leur expérience avec l’assistance.

Dès l’ouverture, Mme Nafissa Abarbach, secrétaire générale du Forum – qui a fait preuve d’une grande habilité à s’adresser à l’audience dans les deux langues officielles du Maroc, l’arabe et l’amazigh, et en français – a souligné l’apport des femmes marocaines à travers l’histoire; et ce depuis Fatima Al Fihri qui a fondé la première université du monde à Al Karaouiyine à Fès jusqu’à nos jours, en notant que la diplomatie marocaine au Canada est représentée justement par deux femmes: l’ambassadeur à Ottawa et le consul général à Montréal.

Elle s’est aussi employée à montrer le visage positif de l’immigration en mettant en exergue « la contribution de la femme marocaine venue du Maroc, de France et d’ailleurs pour participer à l’épanouissement de la société canadienne, » et contrecarrer « les perceptions et stéréotypes véhiculées par les média »

Mme Chekrouni a pour sa part souligné les atouts de l’immigration marocaine caractérisée par un haut niveau de scolarité, la maîtrise d’au moins une des deux langues officielles canadiennes et sa diversité religieuse, musulmane et juive. Elle a aussi salué « la contribution brillante des femmes marocaines qui ont su braver les écueils pour s’intégrer et servir de modèles à d’autres femmes, » mais aussi les autres qui n’ont pas réussi en appelant à « travailler ensemble pour leur apporter le soutien nécessaire pour qu’elles puissent trouver leur chemin, » particulièrement en ces temps difficiles caractérisés par la montée de la stigmatisation.

Elle n’a pas manqué de saluer la politique d’ouverture et de multiculturalisme du gouvernement québécois en appelant toutefois à améliorer l’accès à l’emploi par la reconnaissance des diplômes.

Elle a enfin rappelé que le Maroc est lui aussi devenu un récepteur d’immigrants et a, à ce titre, mis en œuvre une politique de régularisation de leur statut. Concernant la situation de la femme, le Maroc a mis en place une nouvelle Moudawana régissant le droit de la famille et un code de nationalité tous deux plus favorables aux femmes, et  vient d’engager une réforme pour de la parité homme-femme. Elle a enfin soutenu que le sort des femmes s’améliore avec celui de la démocratisation.

Au delà des considérations économiques, Mme Weil, ministre de l’immigration, a surtout voulu faire part d’un message « de cœur, » car elle considère que l’immigration est d’abord un enjeu humain.

Sur le plan économique, le Québec risque de « perdre la course » car, pendant que la population en âge de travailler est en croissance dans les autres provinces et aux Etats-Unis, elle est en décroissance au Québec, d’où l’importance non seulement de l’immigration, mais aussi de la « rétention. » Le Québec, qui est entrain d’améliorer le ratio entre l’immigration et l’intégration au travail, doit œuvrer pour une société plus ouverte qui considère l’immigration comme une chance et la diversité comme une richesse! C’est toute la portée du nouveau titre du ministère de Mme Weil qui comprend justement « diversité » et « inclusion. »

Mais comment relever le défi de l’ouverture et de l’intégration durable? Pour Mme Weil, cela passe par tous les acteurs de la société dont les entreprises, ordres professionnels, élus et maires. Elle a annoncé que le gouvernement soutiendra ces acteurs à travers une nouvelle réforme axée sur la « participation » et « l’inclusion. » En réponse à une question, elle a précisé que cette réforme incitera les ordres professionnels à plus d’ouverture pour la reconnaissance des diplômes et l’emploi. Elle a conclu que « tout le monde, y compris les femmes, doit trouver sa place et être mobilisé pour faire avancer le Québec avec les talents qui nous viennent du Maroc et de partout dans le monde! »

Mme Nadia Ghazzali, immigrante marocaine et rectrice de l’UQTR (Université du Québec à Trois-Rivières), a ensuite fait part de son expérience. Sa première leçon est venue de sa mère qui lui a appris d’être indépendante et de ne compter que sur soi-même! Forte de cette devise, Mme Ghazzali s’est acharnée à étudier et réussir en France et au Canada, et joue actuellement un rôle de premier plan pour l’éducation et l’épanouissement des autres, au Canada et au Maroc. Elle est ainsi devenue la première rectrice arabe et musulmane au Québec, et la première rectrice arabe au Canada!

Quels sont ses clés de succès? « Ne pas baisser les bras, faire preuve de patience, persévérance et résilience, et s’impliquer dans les postes décisionnels » répond-elle. « Etre fière de ses racines, et accepter les us et coutumes du pays d’accueil, » ajoute-elle, non sans marteler qu’il faut combattre l’ignorance et la méconnaissance de l’autre en allant vers lui. » En clair: « Brisons les barrières, et allons nous-mêmes vers les québécois! »

Mme Rabia Chaouchi, chef d’équipe en développement social et relations interculturelles à la ville de Montréal, a ensuite animé une discussion fort intéressante entre l’audience et un groupe de marocaines ayant réussi dans leurs domaines respectifs.

Mme Marwah Rizqy est Docteur en droit fiscal, membre des Barreaux du Québec et New York, et professeur adjoint à l’Université de Sherbrooke. Elle se dit « choyée par la vie, » et tire de son expérience qu’il faut étudier fort pour avoir d’excellentes notes et être la première, car cela ouvre les portes! », « ne jamais regarder en arrière ou vers la concurrence, et se concentrer plutôt sur les aspects positifs. » Elle regrette cependant d’avoir repoussé trop longtemps ses cours d’arabe, car elle en manque maintenant.

Mme Bouchra M’Zali est chercheur à la Chaire en Responsabilité Sociale et Développement Durable à l’ESG-UQAM. Elle recommande de juste « tracer son chemin, » et ensuite « ne plus se poser de question, ni regarder en arrière. » Pour elle, le défi de l’immigration et de se retrouver seule! D’où l’importance de « tisser des réseaux, » surtout à travers le volontariat et l’implication. Mme M’Zali insiste d’apprendre aux enfants à aimer le Québec, et leur apprendre aussi le respect, l’ouverture et l’honnêteté. Si elle devait tout refaire, elle « donnerait » davantage et consacrerait encore plus de temps à « aider et s’impliquer. »

Mme Habiba Chakir est directrice à l’African Institute for Mathematical Science et vice-présidente au conseil exécutif de l’Association Diplomatique d’Ottawa. Elle martèle qu’il faut « savoir ce qu’on veut dès qu’on arrive! » Et insiste qu’il « ne faut pas compter sur le Canada ou le Québec pour tout vous donner! » Elle qui, avant de réussir, a d’abord souffert en Ontario avec une nouvelle langue qu’elle devait apprendre et en payant pour ses études tout en prenant soins de ses deux enfants. A force de détermination, elle a obtenu son post-doctorat en deux ans avec le prix du gouverneur! Elle répète à tout nouvel immigrant que « rien n’est offert sur un plateau d’argent; il faut aller le chercher! » À son tour, elle recommande fortement le bénévolat. « On ne donne jamais gratuitement, » dit-elle, car « lorsqu’on donne, on reçoit aussi, et on ouvre des portes sans qu’on s’en aperçoit, élargissant ainsi son réseau. » « Plus on donne, plus on devient riche! » Ajoute-elle. Le bénévolat compte pour 50% dans un CV.

Mme Bouchra Reggad est médecin d’urgence et professeur de clinique à l’Université Laval. Elle met en garde qu’un immigrant doit s’attendre à « commencer très petit, » et ensuite « tracer son chemin, croire en son rêve et continuer, » car « il y’a des portes qui vont s’ouvrir. » Elle en a fait l’expérience, elle qui, après avoir été médecin pratiquant au Maroc, et sans équivalence au Québec, a dû se contenter d’un poste de secrétaire médicale dans une clinique, et ensuite étudier fort pendant 4 ans pour décrocher un poste de médecin.

En fin de rencontre, l’assistance a eu droit à un vibrant témoignage de Danièle Henkel.

Née d’un « véritable paradoxe », d’une maman juive et d’un père allemand dans un pays musulman, le Maroc, Mme Henkel est fière de se proclamer « Oujdia », ayant vu le jour à Oujda. Avant de connaître la réussite d’abord en Algérie à l’ambassade américaine, puis au Canada, elle avait eu une enfance tumultueuse. Elle en tire cependant des enseignements clés qu’elle a partagés volontiers avec l’assistance.

« Même s’il devait vous rester une seule journée à vivre, assurez-vous qu’elle soit remplie de rêves! » S’est-elle exclamée. « Vivez le moment présent! Dites merci à la vie! Dites merci d’avoir des enfants, d’avoir des amis, d’être capable de partager! Laissez la tête rejoindre le cœur, vivre sa vie, la sienne! »

En guise de conclusion, Nafissa Aberbach a relevé que chacun a sa propre expérience au Canada, l’immigration est un privilège et que c’est à nous de prendre notre place et d’assumer notre responsabilité!

 

Célébration de la femme marocaine